Les vingt ans de la chute du rideau de fer donneront lieu au cours des prochains mois à toute une série de célébrations organisées à l’initiative des institutions européennes ou de groupes parlementaires. La grande kermesse mémorielle a déjà commencé, avec une expo photo sur Solidarnosc qui s’est tenue au Parlement européen début septembre. Elle continuera le 20 octobre prochain à Strasbourg avec un événement d’initiative hongroise consacré cette fois au soulèvement de 1956.
Une fièvre commémoratrice qui n’est pas du goût de tout le monde. Voici comment notre Jean-Luc Mélenchon national en parlait sur son blog le 9 septembre dernier :
“En ce moment il y a une orgie anti-communiste au parlement européen. Ici on n’en finit plus de célébrer la ‘fin de l’empire’ comme il l’écrive (sic) sur leurs fichus panneaux d’exposition. Car il y a une exposition sur ce sujet en ce moment dans les couloirs. Et en avant les panneaux et les panneaux! Solidarnosc, le pape Jean-Paul II, et ainsi de suite à tous les carrefours de ce palais impersonnel de la réaction néo libérale qu’est l’Union Européenne. Beerk ! C’est tellement obsédant et grossier que ça rendrait presque sympathique les perdants de cette histoire puisqu’elle est présentée presque sur le même ton que l’on utiliserait pour parler des nazis. Insupportable !”
On peut s’étonner qu’un homme de gauche, ancien trotskiste de surcroit, n’accueille pas avec davantage d’enthousiasme la fin de la mainmise soviétique sur les pays d’Europe centrale et orientale et l’accession de millions de personnes aux libertés démocratiques. L’homme qui n’avait jamais vu de Lituanien avant son entrée au Parlement européen ne veut retenir de cet épisode historique que la “réaction thermidorienne” à un idéal communiste auquel il entend aujourd’hui redonner son lustre. On peut tout de même éprouver un certain malaise face au ton employé par Mélenchon, qui révèle à mon avis une profonde incompréhension de la manière dont a été vécu le “communisme réel” de l’autre côté du rideau de fer… Mais je me garderais bien de tirer des conclusions hâtives avant d’en avoir discuté avec l’intéressé.
De mon côté, j’ai entamé mon cycle du souvenir en regardant L’Homme de Fer, un film polonais réalisé par Andrzej Wajda en 1981 pendant la brève période de détente comprise entre la reconnaissance de Solidarnosc et son entrée dans la clandestinité. On s’étonne d’ailleurs de la liberté de ton du réalisateur et de ses critiques frontales du régime (excellente galerie de fonctionnaires communistes, tous aussi vilains les uns que les autres).
Le film se déroule durant les grandes grèves de Gdansk, et suit les traces d’un journaliste minable commis par le régime afin de collecter des preuves destinées à ternir l’image de Maciej Tomczyk, un des leaders du mouvement Solidarnosc. Au cours de son enquête, notre pseudo-reporter réalise que l’homme qu’on l’a chargé d’accabler est en fait un chic type. Le procédé qui consiste à recourir aux flashbacks basés sur les témoignages de ses proches pour dessiner le portrait du héros fait de l’Homme de fer une sorte de Citizen Kane polonais. On peut aussi penser à la Grève, le premier film d’Eisenstein, à la différence que Wajda célèbre le combat d’un individu contre le système, là où le maître russe glorifiait la puissance révolutionnaire des masses. Un détail amusant : Lech Walesa fait un cameo remarqué comme témoin de mariage de Maciej.
Bref, un très beau film, qui a remporté la Palme d’Or en 1981. Ce qui prouve que le jury de Cannes peut aussi faire preuve de bon goût lorsqu’il s’agit de récompenser une oeuvre politique (quelqu’un a essayé de revoir Fahrenheit 9/11 récemment ?).
Un beau ramassis de lieu commun pour enfoncer J-L Mélenchon. Passez faire un tour un Bruxelles au lieu de vous astiquer les neurones à dénigrer une évidence: Oui dans les couloirs du Parlement Européen, l’orgie anti-communiste bat son plein.
@ Lori Tna : je réside à Bruxelles et fréquente pas mal de ressortissants de pays anciennement sous influence soviétique. A votre avis, peut-on vraiment leur reprocher d’avoir une dent contre le communisme ? Je ne suis pas de ceux qui dénigrent M. Mélenchon pour ses prises de position. Et je ne confonds pas la mémoire du communisme avec un idéal d’égalité qui signifie encore quelque chose pour beaucoup, dont vous êtes apparemment. Mais à mon avis sur ce coup, il se laisse un peu emporter par ses convictions et fait preuve d’un manque de discernement historique.
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