Intéressant article de The Economist sur la reconfiguration politique en cours en Allemagne. Alors qu’à Berlin, la CDU vient de changer de junior partner au profit des libéraux du FDP, une configuration inédite a vu le jour le week-end dernier dans le Land de Sarre : la coalition Jamaïcaine. Etonnant clash des cultures qui provoque inconsciemment la vision d’un rasta en culotte de peau. C’est pourtant le nom trouvé par les commentateurs politiques outre-Rhin pour désigner l’alliance entre CDU, FDP et Grünen, en référence aux couleurs du drapeau de l’île des Caraïbes.

Désolé, c'était assez tentant...
Une alliance contre-nature, si l’on peut dire, aux yeux d’un observateur français qui placera spontanément les écologistes à gauche de l’échiquier politique. La rhétorique volontiers anticapitaliste d’un Noël Mamère nous ferait presque oublier que nous avons aussi nos “écolos de droite”, comme Brice Lalonde ou Corinne Lepage, même s’ils récusent l’étiquette.
Là où l’exemple allemand est intéressant, c’est que les écologistes sarrois ont préféré une alliance à droite à une coalition avec le SPD et, surtout, die Linke. Selon l’hebdo britannique, les dirigeants locaux des Grünen n’étaient pas très chauds à l’idée d’un compagnonnage avec le parti d’Oskar Lafontaine. The Economist ajoute que la sociologie des électeurs écologistes, “pour la plupart des urbains issus des classes supérieures” les rendrait plus sensibles aux idées libérales qu’au cocktail d’étatisme et de défense de l’identité ouvrière proposé par die Linke.
En y réfléchissant bien, ce n’est pas si étonnant. Imaginons qu’en France, Daniel Cohn-Bendit ait un jour à choisir entre une alliance avec le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon et un accord avec un représentant de la droite libérale la plus tolérante sur le plan des moeurs. Je suis sûr qu’il serait bien embêté… Bon, il est vrai que le genre de profil à la Guido Westervelle, c’est à dire plutôt libéral-libertaire, n’existe pas vraiment en France. Ce qui limite singulièrement la comparaison et rend la réponse assez évidente. Il n’empêche qu’entre le porte-drapeau de l’écologie politique en France et le repreneur du fonds de commerce communiste, il y a au moins autant de motifs de désaccords que de rapprochements. A commencer, bien sûr, par leur rapport à l’Europe.
Bon article mais deux anglicismes méritent d’être traduits en français (junior partner et clash). Je vous laisse le choix de la traduction.