
Juncker au Monde : "Je ne suis pas un nain". Mais qui visait-il donc ?
Cette fois-ci, les Anglais n’ont pas tiré les premiers. Dans une interview au Monde, opportunément publiée à deux jours du Conseil européen, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker annonce qu’il est disponible pour en assurer la Présidence dès l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. “Si un appel m’était lancé, je n’aurais pas de raison de refuser de l’entendre”, déclare-t-il dans une formule dont le langage politique a le secret. Une façon de dire qu’il est candidat au poste, comme tout le monde le pressentait depuis quelques mois.
Cette offre de services qui ne souffre aucune ambiguïté rompt singulièrement avec les pratiques byzantines qu’on ne cesse de reprocher à l’Union européenne. Bien sûr, elle n’empêchera pas Juncker de se faire poignarder en coulisses au terme d’une vendetta diplomatique conduite depuis Londres. Mais il y a dans cette façon de prendre à témoin l’opinion une transparence qui honore une personnalité censée “représenter” près de 500 millions d’Européens, même si elle n’est pas désignée au suffrage universel. Les grincheux diront que c’est là tout le problème, mais saluons déjà le simple fait que l’on discute ouvertement de cette candidature, dans les journaux ou sur le web (où les pétitions ont fleuri ces dernières semaines, notamment en faveur de l’Irlandaise Mary Robinson).
Dans cette interview, Jean-Claude Juncker ne se contente pas de dire qu’il est disponible. Il précise la façon dont il entend présider si jamais il est porté à la tête du Conseil européen. Pas de surprise de la part de ce vieux routier de la politique européenne, issu d’un petit pays fondateur qui demeure attaché à l’idéal fédéraliste des débuts : Juncker plaide pour un Président “facilitateur” entre couple franco-allemand et plus généralement entre “petits” et “grands” Etats. Il revendique sa fidélité à la méthode communautaire “qui suppose une interaction entre la Commission, le Conseil, et le Parlement européens”. Bref, toute le contraire du “directoire des grands” que l’on prête à certains, dont Nicolas Sarkozy, l’intention d’instaurer.
A cet égard, le titre de l’article du Monde est trompeur, puisqu’il évoque le “Président de l’Union” alors qu’on peut être à peu près certains qu’avec un Juncker aux manettes, le rôle des autres dirigeants européens, celui de la Commission et celui du Parlement, sera respecté. C’est le prix à payer pour rendre les enjeux européens plus lisible aux yeux des citoyens, même si cela fera enrager les derniers fédéralistes, qui ont en horreur ce poste du Président du Conseil européen.
Idéalement, Tony Blair, qui est explicitement visé dans cette interview, devrait maintenant rétorquer par une tribune dans laquelle il présenterait sa vision du poste et son programme pour les deux ans et demi à venir. A moins qu’il ne refuse d’engager le combat publiquement sans être sûr d’emporter la victoire. Ce qui, à en croire la plupart des commentateurs, est de plus en plus improbable.
Cela sierait parfaitement à l’Union européenne de placer ainsi à la tête de l’un des ses organes délibérants le chef d’une économie qui vit en quasi-totalité de la fraude fiscale, et donne des leçons d’économie politique au reste de l’Europe.
Quelle farce !
Edgar, à t’entendre, ce sera soit un champion de la fraude fiscale, soit un va-t-en guerre à la solde des USA. Avec de tels voisins, on est mieux entre nous ! Blague à part, les Britanniques ont l’air décidés à torpiller la candidature Juncker, en partie parce que beaucoup ne comprennent pas que le représentant d’un si petit pays puisse prétendre incarner l’UE. L’argument fiscal n’a pas l’air de beaucoup compter pour eux…
Mais qui a dit qu’on ne serait pas mieux entre nous ? Pas moi ! (sachant qu’être “entre nous” dans une démocratie n’empêche pas l’ouverture sur le reste du monde.)
Le problème du Luxembourg c’est qu’en dehors de la gestion de l’épargne collectée en Europe auprès des vétérinaires, dentistes et autres professions libérales enrichies et exploitées par le fisc, il n’y a pas grand chose à faire.
Je ne vois pas bien de quelle expérience de gestion Juncker peut se prévaloir pour candidater à un tel poste. Mon argument, de fait, rejoint celui des britanniques…
Il a pour lui le fait d’être le doyen des sommets européens et de présider l’Eurogroupe. Mais tu me rétorqueras sans doute qu’il ne peut pas se prévaloir de résultats probants dans ce domaine, au vu des tensions de plus en plus fortes entre les deux principales économies de la zone, la France et l’Allemagne…